Il y a un peu moins d'un an, j'ai publié ici un billet au titre volontairement sévère : L'IA, ce mirage de productivité… et cauchemar climatique. J'y reprenais l'ironie de Robert Solow sur les ordinateurs qu'on voyait « partout, sauf dans les statistiques de productivité », et je la retournais vers l'IA générative. J'avais trois chiffres. Un an plus tard, il est temps de regarder si je me suis trompé.
Les trois chiffres tiennent toujours
Rappel de la situation fin 2025.
METR, dans une étude contrôlée, mesurait que des développeurs expérimentés équipés d'assistants IA étaient 19 % plus lents que sans — alors qu'ils se croyaient plus rapides. Le vrai résultat, c'était ce décalage entre performance ressentie et performance réelle.
MIT Sloan et BCG, dans The GenAI Divide, constataient que 95 % des projets d'IA générative en entreprise n'avaient produit aucun effet mesurable sur la rentabilité ou les opérations.
Le Shift Project alertait sur la trajectoire énergétique des centres de données, incompatible avec les engagements climatiques au rythme d'investissement observé.
Aucune de ces études n'a été démentie depuis. Et 2026 y a ajouté ses propres signaux.
2026 : le modèle économique reste introuvable
« Une technologie peut conquérir un milliard d'utilisateurs, transformer l'économie et ne pas enrichir durablement ceux qui la produisent. » Cette phrase de Michel Calmejane résume l'année : l'usage explose, la rentabilité se fait attendre, et l'écart entre les dépenses d'investissement et les revenus continue de se creuser.
Le signe le plus parlant vient de ceux qui poussent la technologie. Microsoft a discrètement annulé une partie de ses licences d'assistants de code après avoir constaté que l'outil pouvait, sur certains usages, coûter plus cher qu'un salarié. Quand le plus gros promoteur d'un produit refait ses comptes en cours de route, ce n'est pas anodin.
À l'inverse, Lego a interdit l'IA générative à ses designers — et réalise le meilleur semestre de son histoire (+21 % de chiffre d'affaires). Un cas isolé ne prouve rien, mais il rappelle une évidence qu'on oublie : la performance d'une entreprise n'attend pas l'IA.
Le coût, lui, se voit maintenant — et il se conteste
Il y a un an, l'empreinte des centres de données était un sujet de rapport. En 2026, c'est un sujet de contentieux local.
En Alsace, un projet de data center de Microsoft consommerait autant que 350 000 foyers — dans une région où l'électricité disponible est déjà un sujet de tension.
Aux États-Unis, une vague d'oppositions citoyennes a gelé environ 130 milliards de dollars de projets en trois mois : manifestations, recours devant les tribunaux, refus de permis. L'eau de refroidissement, le foncier, le réseau électrique : ces coûts ne sont pas hypothétiques, et ils ne dépendent pas de savoir si la révolution promise aura lieu.
C'est cette dissymétrie qui me dérange. On nous demande d'y aller maintenant, par peur de rater le train, sur la foi d'un bénéfice futur incertain. Et on paie le coût tout de suite, bien réel.
L'écart s'est creusé, pas résorbé
Je ne sais pas si la bulle va éclater, ni quand — ce n'est pas mon métier de le prédire. Ce que je constate, c'est que l'écart entre le récit et la réalité mesurée s'est élargi en un an. Le récit, lui, n'a pas bougé d'un mot : « l'IA va tout changer ».
Ce que j'en fais, concrètement
Je n'ai jamais dit « n'utilisez pas l'IA ». J'ai dit : ne la déployez pas par peur, déployez-la par raison. Avec les organisations que j'accompagne, cela se traduit par quatre questions avant tout projet.
- Quel problème réel ce projet résout-il ? S'il n'y a pas de réponse en une phrase, il n'y a pas de projet.
- Que se passe-t-il si on ne le fait pas ? La réponse est souvent : rien de grave.
- Quel est le plus petit modèle qui suffirait ? L'IA frugale n'est pas un slogan : un petit modèle spécialisé, parfois une solution sans IA du tout, fait souvent l'affaire pour bien moins cher — en euros comme en énergie.
- Comment mesure-t-on l'effet ? Avant / après, sur un indicateur défini à l'avance. Si on ne peut pas mesurer, on ne déploie pas.
Ces questions ne sont pas anti-technologie. Elles sont ce qui sépare un usage d'un réflexe.
Rendez-vous dans un an
Je referai peut-être ce bilan l'an prochain. Mon pari, pour l'instant, est que les chiffres continueront de dire la même chose, et que le récit continuera de les ignorer. J'aimerais me tromper.
Pour creuser la question avec vos équipes, La Bataille de l'IA est faite pour ça : un débat où chacun se positionne et argumente, plutôt qu'un cours. Pour une mise à plat plus large, Oser un usage responsable de la technologie.
Note de transparence
Cet article a été rédigé avec l'aide d'une IA générative. Je l'assume, et c'est cohérent avec ce que je défends ici : je n'ai jamais dit « n'utilisez pas l'IA », j'ai dit « par raison, pas par peur ».
C'est aussi une démarche de recherche-action. Pour parler d'un outil avec justesse, il faut l'avoir pratiqué. J'explore donc son usage le plus frugal possible : les sources, l'angle, la position et la validation finale sont les miens ; l'IA a servi à agencer et à mettre en forme, sous mon contrôle. Le plus petit recours qui suffit — c'est exactement la question que je pose dans le texte.
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