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Le 14 septembre, quatre élus d'une commune de l'Indre ont démissionné pour protester contre un data center géant de Google. Ce n'est pas une anecdote locale : c'est le symptôme d'une politique nationale qui installe des équipements hors norme dans de petites communes, sur la foi de chiffres que personne n'est en mesure de vérifier.

Étrechet : quatre démissions pour un data center

Étrechet compte 1 000 habitants, au sud-est de Châteauroux. Sur la zone d'activité d'Ozans, Google envisage entre 8 et 10 bâtiments sur 212 hectares, pour une puissance de 500 mégawatts (MW) : plus de la moitié de la puissance d'un réacteur nucléaire standard. Pour l'alimenter, RTE, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité, doit construire une nouvelle ligne à haute tension.

Le communiqué des quatre démissionnaires tient en une phrase : « Rester en responsabilité sans aucune prise réelle sur un dossier de cette ampleur, qui engage pourtant l'avenir de notre commune pour les quinze prochaines années, ne correspond plus, pour nous, à l'exercice du mandat tel que nous le concevons » (France 3 Centre-Val de Loire, 14 septembre 2026).

Ce qui me frappe, ce n'est pas l'opposition : c'est l'impuissance. Ce sont des élus du conseil municipal, pas des militants, qui disent ne plus avoir la main.

Une politique, pas un accident

En février 2025, l'État a présenté la carte de 35 sites « prêts à l'emploi » pour accueillir des data centers dédiés à l'intelligence artificielle (IA) : environ 1 200 hectares au total, de 18 à 150 hectares chacun. Les Hauts-de-France en comptent huit, le Grand Est et l'Île-de-France sept chacun. La localisation exacte n'a pas été communiquée, « au regard de la discrétion nécessaire à avoir dans les discussions avec les investisseurs » (La Tribune, 8 février 2025). Étrechet fait d'ailleurs partie des premiers sites labellisés « clé en main » par le gouvernement, selon France 3.

Les projets se sont enchaînés depuis :

  • à Petit-Landau (Haut-Rhin, 800 habitants), Microsoft investit plus de 2 milliards d'euros dans ce qui est présenté comme le plus grand data center du pays, pour une consommation estimée à celle de 350 000 foyers (Rue89 Strasbourg, 24 juin 2025) ;
  • à Béthune, le néocloud Nebius annonce 240 MW de calcul pour l'IA sur l'ancienne friche Bridgestone, dont 120 MW dès la fin 2026 (DCmag, 13 février 2026).

J'en parlais déjà dans mon billet sur la bulle IA, un an après : la course aux infrastructures continue, que les usages suivent ou non.

L'Irlande, un aperçu de la trajectoire

L'Irlande a pris cette voie il y a dix ans. Selon l'office statistique irlandais, les data centers y consommaient 5 % de l'électricité du pays en 2015, et 23 % en 2025, soit 7 663 gigawattheures (GWh). C'est presque autant que l'ensemble des logements (28 %). Leur consommation a augmenté de 10 % en un an, contre 2 % pour tous les autres usagers (Central Statistics Office, 7 juillet 2026).

Le réseau n'a pas suivi : dès 2022, le régulateur a gelé les nouveaux raccordements dans la région de Dublin (Science & Vie, 11 août 2026). La France part d'une électricité largement décarbonée, c'est un atout réel. Mais une électricité bas carbone consommée par un data center n'est plus disponible pour électrifier les transports, le chauffage ou l'industrie.

Des chiffres fragiles, des études financées par les porteurs de projet

Pour décider, il faut des chiffres. Or ceux dont on dispose sont fragiles.

À Petit-Landau, Rue89 Strasbourg a dû corriger son enquête : une première estimation, venue d'une source interne à l'administration, parlait de six millions de foyers. Le recalcul a abouti à 350 000. Le journal le reconnaît : peu d'interlocuteurs acceptaient de communiquer sur le projet.

Aux Pays-Bas, Microsoft annonçait 12 à 20 millions de litres d'eau par an pour son site de Middenmeer ; le quotidien local Noordhollands Dagblad a révélé une consommation de 84 millions de litres en 2021 (LeBigData, d'après le Noordhollands Dagblad).

À Étrechet, les promoteurs assurent que l'eau circulera en circuit fermé. Une des élues démissionnaires s'inquiète des polluants éternels (PFAS) présents dans les fluides de refroidissement, et rappelle que les études sur les nuisances sont toutes financées par les porteurs du projet.

Ce que j'en retiens

Je ne suis pas contre les data centers : nous en utilisons tous, moi le premier. Mais trois conditions me semblent indispensables avant d'engager un territoire pour quinze ans :

  1. Des chiffres indépendants, pas seulement ceux de l'industriel : électricité, eau, fluides, emplois réels.
  2. Une décision prise au bon niveau, avec les habitants et les élus locaux, et non annoncée depuis Paris au nom de la discrétion due aux investisseurs.
  3. Une question d'usage : de quoi avons-nous réellement besoin ? La sobriété commence par là, bien avant l'efficacité énergétique des serveurs.

Reste une question que je vous pose : qui devrait avoir le dernier mot sur ces implantations, l'État, l'intercommunalité, la commune ou les habitants ?

Note de transparence

Cet article a été rédigé avec l'aide d'une IA générative. Je l'assume, et c'est cohérent avec ce que je défends ici : je n'ai jamais dit « n'utilisez pas l'IA », j'ai dit « par raison, pas par peur ». C'est aussi une démarche de recherche-action : pour parler d'un outil avec justesse, il faut l'avoir pratiqué. Les sources, l'angle, la position et la validation finale sont les miens ; l'IA a servi à agencer et à mettre en forme, sous mon contrôle.

 

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